... ou "De Grands Moments de Solitude".
L'une des choses qu'il faut bien garder en tête quand vous arrivez dans un autre pays, c'est que quelques, plusieurs, ou beaucoup de choses vont être différentes.
Les gens sont différents, la bouffe est différente, l'environnement est différent... Comme l'a savamment souligné Sarah, ma meilleure amie qui a surgi de nulle part sur MSN alors qu'elle était au fin fond de la Turquie (spooky ! :D) : "De toutes façons, tu auras de grands moments de solitude !".
Cette vérité transcendentale propre à tout voyage en vrac de courte, moyenne ou longue durée dans un pays dont vous ne savez au fond rien du tout (ça c'est d'la bonne phrase comme on les aime !), méritait au moins d'être citée comme sous-titre de cet article.
"Lost In Translation"... Pour ceux qui n'ont pas vu ce film avec Bill Murray et Scarlett Johansson, je fais référence via cette expression à l'impression de solitude et de désorientation quand vous arrivez tout seul dans un pays lointain... Ceci dit à la différence de Bill Murray, qui dans le film ne parle pas un mot de japonais, j'ai la chance de me débrouiller en anglais. Je sais qu'un certain Sebo a été très touché par ce film, et je m'arrête là pour lui proposer d'en parler ce tantôt dans son blog, car il saura mieux que moi trouver les mots.
Bref... Le choc culturel à l'arrivée fait qu'un simple détail (qui plus tard vous paraîtra futile) peut vous pourrir le moral pour quelques heures (vous en rirez quelques jours plus tard, mais sur le moment vous ne le savez pas :D).
Premier passage à SafeWay, le supermarché pas cher en vogue aux USA. Je me dis, tiens, si je m'achetais des boissons, pour ramener à la maison ? L'expérience m'a appris que le moins cher et le moins calorique était encore d'acheter des sirops, pour faire des sirops à l'eau. Je cherche... je cherche... Rien. Je demande à un client, qui me regarde avec des yeux ronds : "Syrup, like syrup on pancakes ?" (eh oui, le gus pense au sirop d'érable). Je lui explique, il va chercher un employé en me regardant bizarrement. Au final, j'ai eu droit à des regards à la fois frappés de curiosité et d'incompréhension, mais pas à mon sirop. Et c'est LA, au moment où vous avez soif et que vous en avez marre de boire de l'eau du robinet dans la même bouteille en plastique depuis l'avion, que vous avez vraiment l'impression que vous n'avez pas d'amis ! :D
Au fil de la journée, j'ai appris que le Nutella était un produit exotique, que l'on se doit de faire découvrir à ses amis quand on a la chance de connaître le produit, dixit Liah (au rayon beurre de cacahuète, vous en avez généralement un pot ou deux). Je voulais faire une flammenkueche pour mes coloc's ; pas moyen de trouver de la pâte à pizza à étaler (elle est vendu déjà cuite et sèche et parfumée dans des emballages en plastique au rayon conserves), ni de lardons nature (y a du lard, du bacon, mais pas de lardons -- même la fille qui m'accompagnait n'a pas su me dire si ça existait, même si ça lui disait "vaguement quelque chose" o_o), et l'emmental râpé est un produit de luxe.
Alors quand je suis partie à la bourre en cours en avalant en courant un sandwich au pain de mie à peu près mou comme de la grosse gelée (je n'exagère pas), au jambon discount plein d'eau et à environ 50% de vraie viande (c'était pas marqué sur l'emballage, je pouvais pas savoir) et au brie Président qui n'avait aucun goût sauf celui de carton (oui, j'ai osé acheter du brie en Oregon, et alors ? :p Comment ça c'est bien fait pour ma gueule ?? :D), ben je me suis pris un gros coup de blues. Transformé plus tard en énervement révolté quand j'ai appris qu'aux Etats-Unis vous ne pouvez pas ouvrir une ligne de téléphone fixe et passer les appels que vous voulez : vous ouvrez la ligne, puis vous prenez un "plan" : soit local (Eugene), national (USA) ou international. Ca vous donne droit à un quotat de minutes, et si vous dépassez vous payez en plus. Le local donne droit à des communications locales illimitées. Donc moi je voulais juste une ligne et payer un par un les numéros que j'appelais avec le tarif qui leur correspond. La madame au téléphone m'explique patiemment que "ça ça n'existe pas mademoiselle, vous avez rêvé". Du coup j'ai opté pour une solution rare mais possible : vous ouvrez une ligne (genre $12 par mois), vous pouvez recevoir les appels que vous voulez, et pour en passer vous utilisez une carte téléphonique... :D En gros c'est cabine téléphonique à la maison :p
Alors en me relisant, je me dis la même chose que vous : "Franchement, se prendre un coup de blues pour si peu, faut être un peu crétin sur les bords" :D Ben je vous garantis qu'à ma propre surprise, quand vous n'êtes pas touriste mais résident temporaire, et quand vous venez juste d'arriver tout seul, et ben vous vous raccrochez à des repères complètement prosaïques et sans intérêt, et la bouffe tient une place non négligeable ! o_o Vous êtes déprimé de ne reconnaître AUCUN produit dans les supermarchés, vous êtes dégoûté de voir que la plupart des gens doivent acheter discount parce que la bouffe "normale" est peu inaccessible financièrement ; vous vous rendez-compte à quel point vous êtes accro à votre thé-gâteau au chocolat du 4h (mort aux cookies, vive les Ptits Ecoliers !), à votre pizza bolognaise hebdomadaire d'une marque bien précise, à votre soda favori quand vous sortez, à vos séries préférées que vous regardez le soir avant de vous coucher....
Après quelques jours, la "résistance" qu'oppose votre esprit se transforme peu à peu en esprit de découverte et en excitation (heureusement me direz vous, sinon j'étais mal barrée ! :D). Vous faites tomber vos barrières et vous vous accrochez comme une sangsue aux jambes de toute personne sympa avec vous ( "non, De Ray ! Odile de Ray !" ) --j'entends déjà des "mais euh" au fond de la salle : non, Monsieur S., pas aux jambes de n'importe qui non plus :p.
Du coup la "providence" vous donne un ptit coup de pouce... Y a cette dame, qui est la grande-tante du cousin de la copine et donc de la copine d'un copain ( o_o ), qui de façon tout-à-fait improbable se trouvait en même temps que tous ces gens (notamment que le-dit copain) à une réunion de famille à Paris alors qu'ils parlaient de moi, et qui se trouve être une amie de ma directrice de thèse, prof et résidente à Eugene et qui veut m'inviter à dîner... Et puis y a ce gars que j'aborde à Safeway pour lui demander le prix d' 1 oignon, qui me demande d'où je viens, puis d'où je viens en France, qui n'a pas l'air de connaître ma ville, qui s'en va, pour laisser place à deux filles qui me chopent 5 mètres plus loin en me disant que l'une d'elles a passé 1 an dans ma fac l'an dernier, et qu'elle aimerait boire un café...
Alors ben puisque je suis sur place, et que l'horizon se dégage, je vais me laisser porter.... :) Au diable la bouffe française, adaptons-nous. Dès mon premier midi à la fac, j'ai fait un truc dont j'ai longtemps rêvé. La photo parle d'elle-même :D
Bonne journée à tous, une nouvelle semaine commence, déjà :)
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